Prologue :
Et si demain, tout le monde cohabitait en paix ?
Cette idée n'est pas neuve, elle a même déjà vécu.
Laissez-moi vous expliquer dans le détail où et quand.
Partie 1 : Le
Voyage en
solitaire
Chapitre 1 : De la maison à
la ville…
En des temps immémoriaux et indéfinissables,
dans une dimension propre, au sein d'une contrée retirée
bien loin de l'œkoumène terrestre, vivait une population
qui longtemps a attisé mythes et légendes : les Elfes.
Isolé du reste du monde connu par un écran magique
jalousement entretenu par les sages pour sauvegarder leur
tranquillité, ce peuple était complet et complexe. Mais
surtout, il était doté d'une longévité bien au-delà de notre
entendement… Les liens s'y mêlaient et s'y démêlaient,
les affaires de chacun pouvaient vite prendre un tour
important puisque la population se devait d'être régulée.
Les jeunes vieillards de 29 000 ans étaient d'office
intégrés au conseil des jeunes sages pour y être formés à
l'intelligence collective qui prendrait les décisions pour la
communauté. Cette année donc, 3 nouvelles recrues
intégraient le conseil. De fait, libérant 3 places dans les
castes d'âge inférieur. Et ainsi de suite, pour que 3
naissances soient autorisées cette décennie. Et population
régulée oblige, 3 sages avérés ayant dépassés les 60 000
ans devraient se porter volontaires pour une élévation
d'âme. Tout était réglé, propre et clair dans les esprits.
Dans tous les esprits. Sauf peut-être celui de Félanel. La
jeune orpheline rebelle qui deviendrait la légende de cette
Terre.
Vivant bien loin de la capitale des Elfes Blancs,
Félanel était une Elfe verte, liée à la nature. Investie de
l'esprit de la forêt où elle résidait, sa cabane confortable
se nichait au sommet d'un séquoia à feuilles d'if
culminant à 115 mètres. (Le jumeau de celui qui vit
aujourd'hui dans le parc de Redwood en Californie
NDLA)
Alors qu'elle descendait agilement de branches en
branches pour aller à la rencontre de ses pairs au village
forestier d'Erederyn (littéralement le Village entre forêt
et montagne) elle eut une vision que Mère Nature lui
envoyait. L'interprétation n'était pas aisée, elle ne
comprit pas le message de suite. Les images qui lui
étaient parvenues semblaient la mettre en scène au côté
d'un Elfe Noir en pleine capitale de Craie des Elfes
Blancs. Chose tout bonnement improbable. Cela
demandait qu'elle y réfléchisse à tête reposée. Pour
l'heure, la réunion à laquelle elle était conviée ne pouvait
être annulée. Elle respira à pleins poumons la bonne
odeur du printemps qui bourgeonnait avec difficulté
encore à cette sortie d'Hiver. Gracile comme ceux de son
peuple, Félanel était belle. Des traits fins, les grands yeux
verts en forme d'amande qu'un trait de charbon
rehaussait harmonieusement, les cheveux dorés parsemés
de quelques tresses fines, un corps tout en longueur sans
courbes trop prononcées, des oreilles pointues qui filaient
au travers de sa crinière un peu ébouriffée. Elle portait
souvent, et ce jour ne faisait pas exception, une tenue
légère. Robe de soie vert feuille que les bombyx lui
avaient offerte, petit bustier serré de lin blanc, bracelets
de feuilles de houx, couronne de lierres qui ceignait son
front pâle où un tatouage de feuille d'érable semblait fait
tout en or. Jamais de chaussures ou de sandales qui
l'auraient isolée de mère nature. Elle avait avec elle un
grand bâton d'Amboine. Mal dégrossi et noueux, il
portait en son sein, à deux tiers de sa hauteur, une larme
d'ambre où gisait une larve : celle du dernier de tous les
dragons, du moins c'était ce que la légende prétendait.
Dans le petit sac en bandoulière qu'une amie couturière
lui avait confectionné avec de la peau de daim, elle
portait de quoi se nourrir pour tout son voyage. Quelques
baies rares et énergisantes, quelques glands, des feuilles
vitaminées, un peu de viandes séchées qui restait de la
chasse de la semaine dernière, de l'eau de roche en flacon
et de la sève de séquoia que son « logeur » lui avait
conseillé d'emporter avant qu'elle ne parte. Druidesse et
herboriste avérée, elle avait pris soin de se munir de son
épée de Dalgeria Latifolia dont elle maîtrisait le
maniement depuis sa plus tendre enfance. Ce bois dur et
très utilisé pour la confection de statue était aussi beau
que rare dans ces contrées. Elle avait accroché son épée
dans son dos et seul le manche orné de runes puissantes
dépassait de son épaule gauche. Ce matin, elle était
d'humeur légère. Pourtant la vision lui courait encore
dans l'esprit et la perturbait. La Terre n'était jamais claire
dans ses évocations. C'était aux visionnaires de la
comprendre. Cela s'avérait quelquefois compliqué. Elle
avançait dans la forêt d'un pas alerte et vif. Son passage
et les quelques caresses qu'elle offrait aux troncs ou
arbustes semblaient donner un coup de pouce à la vie de
printemps et le vert commençait à s'étendre dans son
sillage chassant les traces persistantes de l'hiver qui
s'affaiblissait. Une traînée de couleur qui coulait
doucement alentour comme une peinture liquide
laisserait sa marque sur une toile de maître.
Arrivant à l'orée de son « domaine », elle regarda
bien loin devant elle. Le chemin droit vers le Nord-Est
qui menait à « la cité de Bois », c'était ainsi qu'on
surnommait Erederyn quand on y avait fait au moins un
passage. Elle n'était pas sortie de sa forêt de tout l'hiver,
les provisions lui ayant permis de vivre au sommet de
son ami Séquoia pendant toute la saison froide. La chasse
de la semaine dernière pour seule excursion dans la
neige. Elle n'avait pas eu l'occasion de remonter en ville
depuis bien longtemps. Presque trois longues décennies
en fait. Elle avançait sur la route plate au milieu des
champs en friche. Au loin, à une petite vingtaine de
kilomètres, la Tour Centrale de la ville luisait de sa
carapace de neige comme pour lui indiquer le chemin.
Alors qu'elle allait poser son bâton au sol pour s'appuyer
et franchir un trou où la neige persistait à refroidir la
terre, elle manqua écraser quelque chose.
Que fais-tu ici, toi ? Tout seul ? Tu vas prendre
froid.
Un poussin, bien jaune et duveteux gisait à trois
centimètres de la flaque gelée. Elle le prit dans les mains
déposant son Amboine au sol. Sa chaleur se dispersa dans
l'oisillon qui sembla plus qu'heureux de se sentir enfin
revivre.--
C'est que… ma mère a été enlevée par un gros
oiseau pas beau ! Je… Je crois qu'il l'a mangée !
La nature est ainsi faite mon ami ! Pour ta mère,
je ne peux rien. Mais toi… je te protégerai.
Et ce faisant, elle le plaça dans sa poche de gilet
et sortant sa lame, elle creusa le sol pour en sortir
quelques vers qu'elle plaça au même endroit afin que le
petit rescapé puisse se nourrir tandis qu'elle reprenait la
route.--
As-tu un nom ?
Pas encore…
Je pense que je vais t'appeler Piou, simplement.
Cela te convient ?
Pas de réponse. Bien au chaud dans sa poche, le
petit poussin était en pleine dégustation d'un Lombric qui
semblait fermement décidé à ne pas se laisser avaler du
premier coup. Le tissu gonflait sous les assauts du
poussin et il finit par se calmer. Elle en conclut que le
volatile avait gagné son repas. Elle répéta sa question,
plus pour la forme que pour obtenir un véritable accord
de sa part.
Le sauvé acquiesça et Félanel se dirigea à plus
belle allure encore vers la Cité de Bois et la suite de sa
vie… le poussin Piou bien lové dans son gilet.
Il ne fallut que deux heures à l'Elfe Verte pour
atteindre le dernier monticule qui la séparait de la ville où
elle était attendue. Stoppant sa progression au sommet,
elle embrassa du regard le décor qui s'offrait à elle. Une
large enceinte quasi-circulaire en bois sombre, les
toitures qui en dépassaient étaient plus claires et une tour
gigantesque à l'extrémité Nord trônait de toute la
splendeur de son bois noble. Une seule entrée et deux
sentinelles massives repérables de loin, enfin pour une
druidesse aux yeux excellents comme les siens. Elle sortit
le poussin de sa poche et le posa devant elle, dénichant
encore deux ou trois vers à lui donner. Puis, elle s'assit en
lisière du chemin pour une petite collation. Certes le
message que le condor avait porté indiquait une certaine
urgence et demandait de la ponctualité mais le jour était
encore jeune et une petite pause ne pourrait pas changer
le monde. Elle sortit une des tranches de viande séchée
qu'elle déballa délicatement prenant soin de ne pas
abîmer les feuilles d'If qui les gardaient à l'abri de l'air et
de la lumière. Une rasade d'eau de roche et elle était
prête à entrer en ville. Mais un petit mouvement rapide
dans le fourré derrière elle attira son attention. Elle se
retourna pour en identifier l'origine. Juste quelques poils
qui dépassaient mais elle savait.--
Tramouki ! Sors de là !
Pff ! C'est pas drôle, j'y arrive jamais.
Je te rappelle que tu es mon furet depuis plus de
50 ans maintenant. Je commence à te connaître…
Et je sais aussi que si je te demande de rester à la
Hutte, tu vas forcément faire le contraire… Je me
demandais juste à quel moment je pourrai enfin te
voir me sauter dessus pour faire la route
ensemble.
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Je sais pas rester loin de toi. C'est pas ma faute.
Et puis cette réunion me dit rien qui vaille. T'as
déjà vu ça, toi ? Convoquer les gens par Condor ?
Mais où va-t-on ?
Nous allons à Erederyn ! Tu verras que tout se
passera bien. Je ne suis pas inquiète. Et tu ne
devrais pas l'être, non plus !
Si tu le dis !
Allez, grimpe !
Saisissant le long animal aux poils brun clair au
niveau du ventre, elle le plaça sur son épaule et il
s'enroula immédiatement autour de son cou. Elle remit
Piou dans sa poche et lui tapota la tête pour le rassurer.--
Ne panique pas, Tramouki est mon ami, il ne te
fera jamais aucun mal. Pas vrai Tramouki ?
Pour sûr ! enfin…
Dis donc ! Arrête de jouer les gros durs, tu vas
vraiment l'effrayer.
Ils rirent ensemble, bientôt suivis par Piou, un peu
intimidé tout de même. Et Félanel se remit à marcher.
Laissant derrière elle, sur le côté du chemin, une large
bande de terre verte où poussaient les fleurs sauvages.
Le bandeau de terre inculte qui servait de chemin
pour accéder à la ville se déroulait sous ses pas et la Cité
de Bois se dessinait plus nettement à chaque enjambée.
Depuis son dernier voyage ici, il y a vingt-neuf ans et
quelques mois, le visage de la capitale des Elfes Verts
avait évolué, sans pour autant opérer de changement
radical. Lors de sa dernière visite, elle avait remarqué des
bâtiments en construction. Ils étaient finis depuis
longtemps désormais et les patines commençaient à
laisser des traces réclamant des soins prochains. Le
printemps qu'elle aidait à venir bousculerait les habitudes
hivernales et aiderait les Elfes à entamer les travaux de
réfection des extérieurs. Elle arriva devant le poste de
guet et les gardiens la reconnaissant la saluèrent bien bas.
Puis l'un des deux fila à l'allure caractéristique des Elfes
pour prévenir la Royauté de son arrivée. Visiblement, elle
était très attendue